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Revue de Presse

PETIT ÉOLIEN : APPEL À LA PRUDENCE ET EXIGENCE DE QUALITÉ

Article paru dans la revue Qualité Construction de l'Agence Qualité Construction de mars/avril 2013 (site Internet de l'AQC: www.qualiteconstruction.com).
Publication avec l'aimable autorisation de l'Agence Qualité Construction.

mât basculant
Photo ci-contre  même les petites éoliennes nécessitent des opérations de maintenance régulière, réalisées soit en place à l’aide d’une échelle ou nacelle élévatrice, soit au sol en présence d’un mât basculant.
Photo Vent d’Atlantique

 

UN MARCHÉ POTENTIEL DE 1 000 INSTALLATIONS PAR AN

Même si aucun chiffre officiel n’est publié, tous types d’installations de petit éolien confondues (raccordées ou non au réseau), il fonctionnerait en France à ce jour un parc d’environ 3000 machines implantées par des professionnels «reconnus». Selon la filière, la mise en place d’un statut adapté pourrait permettre de déclencher rapidement un marché annuel d’un millier de nouveaux  aérogénérateurs.

Avec un axe déterminé: privilégier les équipements dans les zones de campagne ventées, en partenariat étroit avec le monde rural. «Il existe plus de 300000 exploitations agricoles», rappelle Jérôme Bousquet, président du Sypeo (Syndicat du petit éolien). Inspirée des exemples de développement en Grande-Bretagne ou en Italie, cette politique se traduirait par 6000 créations d’emploi, tous secteurs confondus: fabrication, études, sous-traitance, installation… Autre enjeu majeur: cette stratégie devrait permettre de donner un coup d’arrêt à la mise en œuvre des éoliennes de pignon. On estime que leur nombre s’est sensiblement amplifié en 2012. Selon certains fournisseurs de composants électriques, il existerait jusqu’à 10000 installations de ce type, sources potentielles de pathologie.

TEXTE : ALAIN SARTRE
PHOTOS & ILLUSTRATIONS : AQC/THIERRY BEL, BLUEENERGY, MÉTÉOLIEN, NOVEOL, SEPEN/PÔLE ÉNERGIES 11, SEPEN, VENT D’ATLANTIQUE

 

Encore peu fréquents en France, les aérogénérateurs de faible puissance se développent dans un cadre inadapté qui laisse la porte ouverte à des pratiques peu scrupuleuses. La filière propose de moduler la législation et de mettre en place un tarif d’achat spécifique avec démarche qualité.

Les  petites  et  micro  éoliennes  suscitent trop souvent déboires et déceptions. De plus en plus de maîtres d’ouvrage, surtout des particuliers attirés par des promesses de production électrique surévaluée, font état  de  défaillances  et  dysfonctionnements.  Ce mécontentement affecte l’image globale des aérogénérateurs et inquiète les entreprises spécialisées dans cette activité qui se sont engagées dans une démarche qualité. Les problèmes proviennent essentiellement de machines de faible puissance, à axe horizontal, implantées en zones bâties. Objet plus particulier des critiques: les «éoliennes de pignon» fixées directement sur les bâtiments, principalement en maison individuelle. Ces installations, qui résultent d’études aussi hâtives que succinctes, sont  réprouvées  et  dénoncées  par  l’Association française des professionnels du petit éolien (Afppe).

“Objet plus particulier des critiques: les éoliennes de pignon fixées directement sur les bâtiments, principalement en maison individuelle” 


Une déjà longue histoire

« L’association  est  encore  jeune  puisqu’elle  n’a  été créée que fin 2010», indique Jean-Marc Noël, consultant en énergie éolienne et président de l’Afppe. La structure est ouverte à l’ensemble des acteurs de la filière: fabricants, fournisseurs de composants, distributeurs, installateurs, bureaux d’études, collectivités  et  autres  porteurs  de  projets…  Cette volonté de rassemblement vise à promouvoir une forme  d’exploitation  de  l’énergie  du  vent  encore négligée en France, alors qu’un cadre spécifique a été défini pour le grand éolien.
«On enregistre aujourd’hui un nouvel intérêt pour les petits aérogénérateurs, mais la technologie en elle-même est loin d’être récente», souligne Jean-Marc Noël. En effet, les premières machines domestiques se sont développées dans la première moitié du XX e siècle, après la Première Guerre mondiale, en préliminaire  à  l’essor  des  réseaux  publics  de production et distribution d’électricité. Plus particulièrement dans les fermes isolées d’Amérique du Nord, les installations ont alimenté et accompagné les grandes innovations de l’époque: batterie, éclairage,  poste  de  radio, etc.  Rappelons,  bien entendu, que l’énergie du vent est depuis très longtemps exploitée sous forme de force mécanique par les moulins. Les éoliennes de pompage d’eau en constituent une déclinaison familière dans le paysage rural un peu partout dans le monde.
«En France, le renouveau des petites éoliennes est lié aux mesures d’incitation prises par les pouvoirs publics pour favoriser les énergies renouvelables », analyse  le  président  de  l’Afppe.  Détenteur  d’une longue pratique et expérience dans le domaine, il a été impliqué dans l’activité de la société Aérowatt, précurseur  d’une  filière  moderne  dès  la  fin  des années  1960.  « À  la  suite  du  Grenelle Environnement, de nombreux vendeurs de machines ont bénéficié sans contrôle du crédit d’impôt développement durable», constate-t-il. Avec une conséquence malheureuse: les installations ont été proposées à un très large public, y compris en milieu urbain et péri-urbain, dans un contexte et gisement éolien défavorable à une bonne production.

Aérogénérateur EoleSystem Machine Eolys sans safran
Aérogénérateur EoleSystem de 10 kW avec orientation motorisée pilotée par système de mesure et carte électronique: les pâles à pas variable hydraulique permettent un fonctionnement à faible vitesse de vent. (Photo Sepen/Pôle Énergies 11)
Machine Eolys sans safran d’orientation de 12 kW sur mât fixe tubulaire autoporteur: la vitesse du rotor est freinée et régulée par un système de ralentisseur électromagnétique. (Photo Sepen/ Pôle Energies 11)

TECHNOLOGIE DES PETITS AÉROGÉNÉRATEURS

Comment définir le « petit éolien » ? La puissance est limitée à 36 kW, les installations sont a priori destinées à produire en vue d’une consommation locale, et généralement le propriétaire vit dessous ! Les machines doivent répondre à la norme internationale CEI 61400-2 Exigences en matière de conception des petits aérogénérateurs. Le raccordement éventuel au réseau public de distribution, pour une injection totale ou partielle (surplus non autoconsommé), est tenu de respecter les exigences fixées en particulier par ERDF.

Les spécialistes proposent une déclinaison des éoliennes à axe horizontal en deux groupes. D’abord, les machines de moins de 6 m de diamètre, soit une surface balayée de m 2 pour une puissance d’environ 6 kW avec un vent de 11 m/s. Ensuite, les aérogénérateurs de 6 à 12 m de diamètre, soit entre 28 et 113 m 2 de surface balayée, et une puissance de 6 à 36 kW pour un vent de 11 m/s. Au-delà, jusqu’à 35 m de diamètre et 250 kW, on rentre dans la catégorie supérieure dite «moyenne». Différentes technologies de fonctionnement sont distinguées. Premier critère déterminant: le mode d’orientation dans le vent. Le positionnement des pâles – le plus souvent au nombre de trois – face au vent est assuré soit par un safran (gouvernail), soit par un moteur hydraulique ou électrique commandé par anémomètre et girouette. Mais, il existe également des éoliennes «sous le vent» dirigées simplement par le souffle arrière dans le rotor. Celui-ci, composé des pâles, est fixé sur la «nacelle» qui abrite le générateur et les composants électriques. Autre caractéristique importante: le mode de régulation et de mise en sécurité en cas de survitesse de vent. En effet, une éolienne fonctionne dans une gamme de vitesse généralement comprise entre 3,5 ou 4 m/s et 25 m/s. Au-delà, le matériel risque d’être endommagé. Divers modes de protection sont déployés: freinage mécanique, fixation sur mât permettant un basculement à l’horizontal du rotor, articulation du gouvernail provoquant une position perpendiculaire au vent… Il existe également des pâles à pas variable, c’est-à-dire dont l’orientation par pivotement motorisé offre plus ou moins de prise à l’air et provoque ainsi un «décrochage» aérodynamique.

 

illustration ecoulement Illustration AQC/Thierry Bel

 

Turbulence des vents en zone bâtie

En septembre 2012, l’association a publié sur son site Internet (www.afppe.org) une «mise au point», véritable mise en garde à l’encontre des «éoliennes de pignon». En effet, en zone bâtie, ce mode d’installation rencontre un large succès auprès des propriétaires de maisons individuelles. Disposant généralement d’une surface de terrain réduite, ils sont amenés à faire le choix d’un mât court rapporté sur un mur support: solution moins onéreuse et qui semble a priori moins «agressive» pour le voisinage. La compétitivité économique est renforcée par le choix de petites machines vendues sous forme de kit, en valorisant l’usage du crédit d’impôt et ouvrant la possibilité d’un éco-prêt à taux zéro valable pour un bouquet de travaux. Elle est même sublimée par des prévisions de production très optimistes laissant espérer des temps de retour d’investissement irréalistes. 

“L’éolien ne fait pas de miracle: pour produire beaucoup, il faut une hélice de grande surface balayée par un vent fort et régulier”

«L’éolien ne fait pas de miracle: pour produire beaucoup, il faut une hélice de grande surface balayée par un vent fort et régulier », explique la note d’information publiée par l’Afppe. Ces conditions ne se rencontrent que dans des zones dégagées, loin de tout obstacle et le plus haut possible. Le milieu urbain n’est généralement pas adapté: les vents y sont plus faibles et souvent turbulents, amenant la machine à faire la girouette. Comme elle ne fonctionne pas correctement, l’efficacité est réduite et la mécanique souffre. Les professionnels constatent ainsi que «les productions annoncées par les installateurs sont fréquemment fantaisistes ».
Comment faire une première vérification rapide du sérieux d’une étude? Il est conseillé de calculer le ratio des «Heures équivalent pleine puissance» (HEPP). Pour cela, il suffit de diviser la production totale annuelle estimée par la puissance de la machine. Autrement dit, dans le cas d’un aérogénérateur de 2 kW crédité d’une capacité de 4 000 kWh/an, on obtient 2 000 HEPP. Or, les statistiques de la filière en France font état d’une fourchette moyenne comprise entre 500 et 2000 au plus. Étant donné son caractère défavorable, il est peu probable qu’une éolienne de pignon atteigne 1000 HEPP… 

DES ÉOLIENNES À AXE VERTICAL

Le marché du petit éolien est très majoritairement couvert par des machines à axe horizontal. Toutefois, il existe parallèlement une offre d’aérogénérateurs à axe vertical. Bien que créditée d’une moins bonne productivité, cette technologie fait l’objet de multiples recherches et innovations. Au sein du Sypeo (Syndicat du petit éolien), deux constructeurs français se positionnent sur ce créneau. La gamme de la société Noveol   comprend deux modèles de 2 et 6 kW. Dotés de pâles hélicoïdales, ils sont plutôt destinés à une implantation en milieu urbain, avec des vents de direction variable et une vitesse de démarrage de seulement 3 m/s. Disposés au sommet de mâts d’au moins 6 ou 9 m, ils offrent une hauteur de 3,3 et 6,6 m pour un diamètre de 1,7 ou 3 m. Dans le cas de la société OKWind, il s’agit de machines à trois pâles droites verticales d’une puissance de 1,5 à 30 kW, préconisées pour une installation au sommet de mât de 8 à 20 m. Le plus petit modèle affiche un diamètre de 2,20 m et une hauteur de 2,38 m, pour une surface balayée de 4,30 m 2 . Il est équipé d’un générateur synchrone triphasé à aimant permanent et d’un freinage par système électromagnétique régulé. Domaines d’application recommandés : exploitations agricoles, sites isolés, collectivités, petites industries et résidentiel. 

Illustration des modalités de raccordement  

“Créditée d’une moins bonne productivité, la technologie à axe vertical fait l’objet de multiples recherches et innovations”

Illustration par la société Noveol, fabricant d’éoliennes à axe vertical, des modalités de raccordement au réseau public: le prix d’achat varie entre 6 et 8 c€/kWh, alors que l’électricité d’origine photovoltaïque est vendue jusqu’à 34 c€/kWh.

Risques de pathologies

Il faut souligner que le pouvoir énergétique du vent croît avec le cube de la vitesse. Un doublement de celle-ci amène donc une puissance huit fois plus élevée. Or, la vitesse du vent est freinée par l’occupation du sol. Les spécialistes définissent un «coefficient de rugosité» en fonction de la nature du site. En ville mais aussi en forêt, il peut être estimé à 1. Il se limite à 0,5 en périphérie urbaine, et il tombe à seulement 0,05 en terrain agricole dégagé. Par exemple, avec une vitesse de vent de 3 m/s (10,8 km/h) en ville, on passe à 3,8 m/s (13,7 km/h) en banlieue et 5,7 m/s (20,5 km/h) en campagne. «Pour retrouver la densité énergétique du vent observée à une hauteur de 10 m en rase campagne, il faut se placer à 45 m en banlieue et à 72 m en ville», précise la note d’information de l’Afppe.
Au-delà de cette pénalisation en termes de gisement potentiel, les éoliennes de pignon posent un problème de compatibilité avec le bâtiment support. Des dommages peuvent survenir, tant au niveau des murs que des toitures. D’abord, nul ne l’ignore, les tempêtes provoquent régulièrement des soulèvements de tuiles, des arrachements ou basculements sur souches de cheminées et antennes. Les aérogénérateurs ne sont donc pas à l’abri d’un accident. Ensuite, même en usage normal, une éolienne subit des efforts conséquents: rafales de vent horizontales et poids de la machine transmis verticalement par le mât. Particulièrement face à des écoulements turbulents, les fixations sont soumises à des forces de cisaillement et des vibrations rapidement variables en intensité et direction. Les murs des maisons ne sont pas conçus pour faire face à de telles sollicitations. Les joints des maçonneries de briques, pierres ou parpaings, n’y résistent guère. Or, on doit imaginer que ces contraintes s’exercent sur une durée de vie prévisionnelle de 20 ans, d’où un risque de fissuration et d’infiltration. À cela, il faut ajouter des nuisances sonores: bruit aérien du vent dans l’éolienne, résonance et propagation des vibrations acoustiques dans les matériaux de construction. De quoi altérer le confort des occupants, mais aussi des voisins…

Charte professionnelle

«Déconseiller les installations sur les sites improductifs trop turbulents, en pignon ou en toiture»: cet engagement, fondement d’une l’éthique commune à tous les adhérents de l’Afppe, figure en bonne place dans sa charte professionnelle. Celle-ci recommande de «monter l’éolienne le plus haut possible », en respectant un compromis technico-économique étayé par une évaluation la plus précise possible du gisement éolien sur le site du projet. En concertation avec ses partenaires, fournisseurs et sous-traitants, le vendeur s’engage à «présenter de manière objective les avantages économiques, écologiques et énergétiques d’un système éolien ». Pour chiffrer la production annuelle, il lui est demandé de préciser la source (fabricant ou centre d’essais) de la courbe de puissance de la machine utilisée. Afin de faciliter les comparaisons, celle-ci doit faire référence à des valeurs moyennes: vitesse de 5 m/s et estimation standardisée du potentiel éolien. La probabilité d’occurrence des différentes vitesses du vent est détaillée par une courbe moyenne (facteur de forme k=2).
L’installateur est tenu de fournir un devis explicite en termes de caractéristiques du matériel, de délai d’installation, de modalités de paiement et garantie. Il faut communiquer l’intégralité des documents techniques, avec mention des normes satisfaites et préconisations en termes d’utilisation et de maintenance. La mise en œuvre doit s’effectuer dans le respect des règles, à l’aide de moyens adaptés et d’un personnel qualifié.
En outre, il est essentiel d’informer le maître d’ouvrage sur les dispositions légales et réglementaires qui s’appliquent au petit éolien. Certes, en dessous d’une hauteur de mât et nacelle de 12 m, il n’est pas exigé de permis de construire. Toutefois, certains PLU (Plans locaux d’urbanisme) ou règlements de lotissement interdisent ce type d’équipement. De plus, dans le périmètre de protection de 500 m de rayon autour d’un monument classé, l’avis de l’architecte des Bâtiments de France est requis. Il faut donc prévoir une déclaration préalable auprès de la mairie.

 

Procédure ICPE

L’Afppe s’est donnée pour mission de développer en France un petit éolien de qualité. Dans cet objectif, elle entend sensibiliser le législateur et les pouvoirs publics sur la nécessité d’engager une politique de soutien spécifique pour ce mode de production d’électricité «verte». Trois orientations sont proposées: une adaptation du cadre réglementaire, la mise en place d’un tarif de rachat privilégié, à l’image de ce qui a été fait pour le photovoltaïque, accompagné par l’instauration d’un processus de certification et qualification. Afin de pouvoir exploiter des vitesses de vent plus fortes, la filière souhaite relever le seuil d’exigence du permis de construire qui incite à ne pas dépasser les 12 m. En passant à 18 m, la plage de fonctionnement des machines est largement étendue, offrant ainsi une meilleure rentabilité. Le gain peut être estimé à 30 %. Un certain nombre de professionnels jugent même qu’il faudrait monter la limite jusqu’à 30 m… Depuis le décret n° 2011-984 du 23 août 2011, les éoliennes terrestres de plus de 12 m rentrent dans le cadre des Installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE), au titre de la rubrique2980. Le régime de la simple déclaration s’applique aux aérogénérateurs d’une hauteur comprise entre 12 et 50 m, lorsque la puissance totale reste inférieure à 20 MW. Le régime de l’autorisation vise les installations comprenant au moins un aérogénérateur dont le mât égale ou dépasse 50 m, ainsi que celles d’une hauteur réduite de 12 à 50 m si la puissance atteint 20 MW.
Trois arrêtés complémentaires, tous datés du 26 août 2011, précisent les procédures de déclaration et d’autorisation, ainsi que les exigences et garanties financières relatives au démantèlement des machines en fin de vie, puis à la remise en état des sites. Le régime de l’autorisation nécessite de procéder à une étude d’impact. Dans le cas d’une déclaration, il faut fournir une notice d’impact : étude «allégée» présentant les incidences éventuelles du projet sur l’environnement, ainsi que les dispositions envisagées pour les prévenir. 

 

Éolienne individuelle à axe horizontal Éolienne Nheolis à axe horizontal
Éolienne individuelle à axe horizontal sur mât haubané : elle peut soit alimenter un site isolé, soit injecter tout ou partie de la production électrique dans le réseau de distribution public.(Photo BlueEnergy)
Éolienne Nheolis à axe horizontal caractérisée par des pâles dont l’aérodynamisme a été étudié pour fonctionner dans une gamme de vitesse de vent très large. (Photo Sepen)

Étude ou notice d’impact

L’arrêté relatif au régime de la déclaration est complété par une annexe décrivant des «prescriptions générales». Ce texte précise le contenu du dossier ICPE que l’exploitant doit constituer et mettre à jour. Outre les plans de l’installation et les arrêtés préfectoraux, il faut collecter les rapports des visites et contrôles techniques, les résultats des mesures de bruit, les études de mortalité de l’avifaune et des chiroptères, ainsi que les éventuels accords écrits concernant la protection du fonctionnement des radars proches à usage d’aide à la navigation aérienne ou de prévision météorologique. Un éloignement de 10 à 30 km est exigé… Les éoliennes ne peuvent pas être implantées à moins de 300 m d’un site nucléaire ou d’une installation classée en raison de produits toxiques, explosifs, comburants et inflammables. Des distances minimales sont également imposées par rapport aux bâtiments d’habitation autres que ceux du propriétaire exploitant. Elles progressent avec l’élévation des machines: 40 m pour les mâts de 12 à 20 m, puis respectivement 5 fois, 6 fois et 10 fois la hauteur pour les mâts de 20 à 30 m, de 30 à 45 m et de plus de 45 m.
Autre contrainte: le fonctionnement des aérogénérateurs ne peut être à l’origine de bruits aériens ou solidiens susceptibles de «compromettre la santé ou la sécurité du voisinage ». Un périmètre de mesure circulaire est défini : son rayon est égal à 1,2 fois la hauteur du moyeu cumulée d’un demi-rotor (éolienne à axe horizontal). Cette prévention s’applique aux zones déjà construites ou constructibles, à l’intérieur des immeubles habités ou occupés par des tiers, ainsi qu’à leurs parties extérieures proches telles que cours, jardins ou terrasses. Les exigences concernent les installations qui participent à un niveau de bruit ambiant supérieur à 35 dB(A). La valeur d’émergence admissible est de 5 dB(A) pour la période jour et de 3 dB(A) pour la nuit (entre 22h00 et 7h00). Elle peut être augmentée d’une pénalisation allant jusqu’à 3 dB(A) en fonction de la durée d’apparition du bruit. Le niveau de bruit maximal autorisé est de 70 dB(A) le jour et de 60 dB(A) la nuit.

Contraintes d’exploitation 

L’annexe de l’arrêté relatif au régime de la déclaration impose, lors de la mise en service, « des essais permettant de s’assurer du fonctionnement correct de l’ensemble des équipements». Il faut ainsi réaliser différentes procédures d’arrêt, y compris en urgence et dans le contexte d’un régime de sur-vitesse. Le fonctionnement fait l’objet d’un registre dans lequel sont consignées les opérations d’entretien : nature des interventions, défaillances constatées et opérations correctives engagées. L’exploitant réalise une vérification annuelle de l’état des équipements de mise à l’arrêt. Trois mois, puis un an après la mise en service, avec ensuite une périodicité qui ne peut excéder trois ans, il procède à un contrôle des éléments de fixations: mât, pâles et brides. Tous les ans, il vérifie également les systèmes instrumentés de sécurité. La maintenance doit être assurée par un personnel qualifié, formé sur la question des risques, c’est-à-dire qui connaît les procédures à suivre en cas d’urgence et procède à des exercices d’entraînement. Il faut être en mesure de maintenir les installations en sécurité dans des situations d’incidents très diverses: survitesse, conditions de gel, orages, tremblements de terre, haubans rompus ou relâchés, défaillance des freins, balourd du rotor, fixations détendues, défauts de lubrification, tempêtes de sables, incendie ou inondation… Les aérogénérateurs peuvent être équipés d’un système de détection de l’apparition de glace sur les pales: en cas de formation importante, il est ainsi possible de le mettre à l’arrêt. Pour cette mise en sécurité, il est recommandé un délai maximal de 60 minutes, avec automatisme régulé lors de la procédure de redémarrage.
Par ailleurs, au moins une fois au cours des trois premières années de fonctionnement, puis une fois par décennie, l’exploitant met en place un suivi environnemental permettant notamment d’estimer la mortalité de l’avifaune et des chiroptères due au tournoiement des pâles. Ce contrôle doit s’effectuer en conformité avec les éventuels protocoles validés par le ministre chargé des installations classées. 

Un amortissement long 

«Le classement ICPE n’est pas adapté à la spécificité du petit éolien», constate Yann Charlot, membre de l’Afppe et créateur de la société Vent d’Atlantique spécialisée dans la prescription et mise en œuvre des aérogénérateurs. L’entreprise, qui existe depuis deux ans seulement, a livré quatre installations, dont une réalisée pour son propre compte. Puissance des machines: 1,9 et 3,5 kW. Une seule a été montée sur un mât de 18 m, donc avec demande de permis de construire et déclaration ICPE. «Bien qu’alourdie, l’opération n’a pas posé de problème particulier», juge pourtant Yann Charlot. Mais avec une contrainte supplémentaire : « Du fait des contrôles techniques, la procédure est sensiblement plus coûteuse, notamment au niveau des études de sol et de fondation », précise-t-il. Dans l’état actuel de la situation et du marché, il ne faut pas envisager une rentabilité en dessous de 15 ou 20 ans, sauf en auto-construction.
«Il est indispensable de prévoir un budget pour l’estimation du potentiel éolien», explique Yann Charlot. Cela permet d’éliminer rapidement les installations qui présentent un grand risque d’improductivité, notamment lorsque la vitesse moyenne descend en dessous de 4,5 m/s (16,2 km). D’autant plus qu’il n’est pas aujourd’hui indispensable de poser préalablement un mât de mesure. À l’aide d’outils de modélisation très pointus, qui intègrent les données de Météo-France, des bureaux d’études proposent des analyses statistiques fiables dans une gamme de prix abordables: entre 150 et 1500 euros. Les sociétés Météolien et Météodyn font partie de ces prestataires de service. «Notre offre comprend trois niveaux de base très accessibles », indique Étienne Faucou, en charge des particuliers et installateurs chez Météolien. Dans un premier temps, il est possible d’acquérir sur le site Internet de l’entreprise une simple carte des vents du département pour moins de 50 euros. Le deuxième niveau consiste en une étude simplifiée pour un site donné, avec un coût de l’ordre de 150 euros. Le troisième niveau nécessite de faire parvenir un descriptif du terrain: le montant atteint 1000 à 1500 euros. 

illustration mat de plus de 12m Machine Bornay à hélice et safran d’orientation mât de mesure
Dès que la hauteur dépasse 12 m, il faut déposer une demande de permis de construire et engager une déclaration ICPE.(Photo Vent d’Atlantique)
Machine Bornay à hélice et safran d’orientation, proposée par la société Krug, avec installation sur mât haubané basculant pour faciliter l’entretien..(Photo SEPEN)
Avant le développement des outils de modélisation, pour connaître le potentiel éolien d’un site, il fallait poser un mât de mesure pendant au moins trois mois, et de préférence une année complète.(Photo SEPEN)

Quelle démarche qualité ? 

«Il faut faire évoluer le cadre juridique du petit éolien», confirme Jérôme Bousquet, président du Syndicat du petit éolien (Sypeo). Outre la marque Eolys qu’il  a fondée en 2006, cette organisation d’industriels réunit quatre fabricants français d’aérogénérateurs: les sociétés Eole System, Nheolis, Noveol et OKWind. Créée très récemment, en octobre 2012, elle diffuse sur son site Internet un «livre blanc» qui milite en faveur d’un soutien de la filière par l’instauration d’un prix d’achat spécifique du kWh. En accord avec l’Afppe, les constructeurs envisagent un tarif «réaliste, évolutif, qui doit éviter tout risque de bulle financière ». Objectif : ne plus favoriser seulement l’investissement mais plutôt l’accompagnement de projets rentables, tant pour l’acheteur final que pour les finances publiques.
Au-delà de la question du seuil de dépôt du permis de construire, les études et divers documents actuellement demandés dans le cadre de la procédure ICPE devraient pouvoir être modulés. En revanche, il faut que cette évolution soit encadrée par la mise en place d’une démarche qualité. En effet, contrairement aux autres filières EnR, tels que le solaire ou le bois énergie par exemple, le petit éolien ouvre le bénéficie d’aide et crédit d’impôt sans aucune contrepartie en terme d’efficacité. L’Ademe a manifesté son soutien à la volonté des professionnels d’instaurer une démarche vertueuse. Elle a apporté une aide financière au Sepen, (Site expérimental pour le petit éolien national), implanté dans l’Aude et géré par le biais de l’association Pôle Énergies 11. «Pour l’instant dédié à la mesure des performances et à la recherche, ce site indépendant des constructeurs pourrait être sollicité à l’avenir dans le cadre d’une certification des aérogénérateurs », annonce Franck Turlan, coordonnateur en charge de l’activité au sein de cette agence départementale de l’énergie et du climat.
Parallèlement, une labellisation des installateurs est envisagée. Il sera également nécessaire de former des conseillers au sein des Espaces Info Énergie pour fournir aux particuliers une information gratuite réaliste.

“Contrairement aux autres filières EnR, tels que le solaire ou le bois énergie par exemple, le petit éolien ouvre le
bénéficie d’aide et crédit d’impôt sans aucune contrepartie en terme d’efficacité”

Article paru dans la revue Qualité Construction de l'Agence Qualité Construction de mars/avril 2013 (site Internet de l'AQC: www.qualiteconstructon.com).
Publication avec l'aimable autorisation de l'Agence Qualité Construction.

TEXTE : ALAIN SARTRE
PHOTOS & ILLUSTRATIONS : AQC/THIERRY BEL, BLUEENERGY, MÉTÉOLIEN, NOVEOL, SEPEN/PÔLE ÉNERGIES 11, SEPEN, VENT D’ATLANTIQUE

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